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La zoothérapie

complicite.jpgLa zoothérapie, ou thérapie assistée par l’animal, est un programme
structuré d’interventions ou de soins qu'un thérapeute prodigue à son
patient avec l'aide ou en présence d'un animal. Elle vise à maintenir ou à
améliorer la santé des personnes souffrant de divers troubles, aussi bien
physiques que cognitifs, psychologiques ou sociaux.

Mais qu’est-ce qui permet tant de bénéfices ?

Boris Cyrulnik  souligne que plus on découvre les animaux, leurs manières
de vivre et leur monde sensoriel qui les prépare à un type de langage,
plus on comprend la place de l'homme et de son propre langage à l'intérieur
du monde vivant. « Les animaux vivent dans un monde plus sensoriel, alors
que les hommes vivent dans le monde de l'artifice verbal et technique. »

Une des spécificités de la zoothérapie est précisément de permettre un
échange se situant en dehors de l'artifice verbal, face à un sujet qui ne
nous juge pas, celui-ci ne pouvant se représenter le monde de préjugés
que nous entretenons constamment. Cet échange, tout à coup possible
entre l'humain et un autre être vivant, même s'il appartient à une autre
espèce, nous procure un sentiment de confiance et peut favoriser un
« laisser-aller émotionnel » qui agira, par exemple, comme une soupape
à un trop plein longtemps refoulé. La fidélité de Fido, inébranlable quoiqu'on
dise ou qu'on fasse, nous offre l'opportunité d'expérimenter un
apprivoisement où, au lieu de s'éprouver mutuellement, on en vient à
s'approuver individuellement. Ceci permet, entre autres, un processus
d'identification très bénéfique.

Pour que cette collaboration d'un moment dans une expérimentation
différente de la vie ait lieu, il faut, bien sûr, qu'il y ait consentement, comme
dans toute démarche de travail sur soi ou avec les autres.

Certains énoncés que Darwin  avançait vers les années 1850 nous
apparaissent aujourd'hui de plus en plus évidents : « Au cours de notre
longue évolution morale et spirituelle, nous avons appris à élargir
progressivement le champ de notre sollicitude. Le temps est peut-être venu
pour nous d'y inclure non seulement les autres races et les autres nations,
mais aussi les autres espèces; ce sera une sympathie étendue au-delà de
l'espèce humaine; c'est-à-dire qu'un comportement humain vis-à-vis des
animaux me semble être une de nos dernières conquêtes morales. »

Konrad Lorenz  affirme que dans le comportement humain il existe des
signes, des mimiques qui transmettent automatiquement une humeur; ce
qui caractérise ce processus, c'est qu'il fait appel à des gestes extrêmement
légers, minimes; ceux-ci échappent souvent à l'observation consciente.

Le mystérieux appareil émetteur et récepteur qui permet la transmission
inconsciente de sentiments et d'émotions est beaucoup plus vieux que
l'humanité. Et, chez les animaux vivant en société, cette faculté de
comprendre les gestes d'expression émotive les plus ténus atteint un tel
degré d'acuité perceptuelle justement parce qu'ils ne comprennent pas les
mots : ils ne savent pas « parler ». S'ils parlaient (comme les humains), ils
auraient sans aucun doute, perdu cette faculté (comme les humains).

C'est là que la zoothérapie s'avère des plus bénéfiques. Nous savons que
le chien peut nous comprendre, sans même avoir à lui parler. Nous le
ressentons intérieurement. Sinon, jamais on ne lui confierait nos émois, nos
secrets, notre tristesse. Il nous semble même que le chien est en mesure
de saisir ce dont on lui parle. Nous lui prêtons volontiers des propensions à
l'empathie, à la sollicitude... à la compassion !

Voilà sans aucun doute ce qui permet un échange valorisant, empreint de
gratifications partagées. Ne nous arrêtons surtout pas là ! On ne fait que
commencer à se comprendre…

À propos de l’auteur :
Jean Lessard est éducateur canin et comportementaliste affilié à l’Hôpital
vétérinaire Rive-Sud. Journaliste et conférencier, on peut lire ses
chroniques dans les magazines et l’entendre à la radio et à la télévision. Il a
publié « Comme un chien » chez Le Jour, et collaboré à l’ouvrage « La
Zoothérapie, une thérapie hors du commun », publiée aux Éditions
Ressources. Il dirige aussi le programme de zoothérapie « Grandir avec
Maggie » dans une école primaire de Montréal.

[1] Extrait d’un article présentant la zoothérapie sur www.passeportsante.net <http://www.passeportsante.net> , Claudine Blanchet, Ph.D., Chaire Lucie et André Chagnon pour l'enseignement d'une approche intégrée en prévention, Université Laval.
 
(juillet 2006)
 
[2] Neuropsychiatre, éthologue. Auteur de nombreux ouvrages sur le comportement humain, dont Les vilains petits canards et L'ensorcellement du monde (Odile Jacob, 1997 et 2001); il a aussi dirigé la publication chez Gallimard de Si les lions pouvaient parler, un essai sur la condition animale.
 
[3] Charles Darwin, 1809-1882. Suite à d'innombrables observations sur la variabilité des espèces, il élabora la doctrine évolutionniste appelée depuis lors darwinisme, qu'il fit connaître dans son ouvrage majeur : De l'origine des espèces par voie de sélection naturelle (1859).
 
[4] Konrad Lorenz, biologiste et zoologiste autrichien, 1903-1989.
 
[5] In : Il parlait avec les mammifères, les oiseaux et les poissons, premier livre de Lorenz écrit dans les années 1940, traduit et réédité chez Flammarion en 1968.


 

 

 

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